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Littérature: auteurs mauritaniens


Moussa Ould Ebnou

Barzakh, Editions L'Harmattan, Collection Encres Noires, Paris

Origine du titre

Trois explications se complètent :

1. « El menkib il barzakhi » désigne l’épaule (le coin) du purgatoire. Le nom fut trouvé par Cheikh Mohamed El Mamy, et désignerait, entre le sultanat du Maroc et les pays des sudaanes (noirs) du sud, les terres subissant la colonisation européenne.

2. Mais « barzakh » désigne aussi une terre séparant deux étendues d’eau.

3. Enfin, il s’agit de l’intervalle temporel qui existe entre la vie d’ici-bas et le premier stade de celle qui s’organise dans l’au-delà, entre la mort et le jugement dernier, « temps où on paraît à la dérive, sur le ressac d’un monde révolu dont ne subsistait que la nostalgie » (G.G. Marquez).

Structure : un roman symphonique

Le récit se donne pour le carnet de route d’un homme de nulle part et de tous les temps, tandis que la narration retrace une fresque historique selon les modalités d’un roman symphonique.

1. Sa structure, ternaire, transcrit les trois voies de la musique maure, principalement la composition des concerts de tidinit : la voie noire ou « triig ikla’hla, la blanche, il baydha, et la voie lactée, legueydiya. Chaque voie est le titre d’une des parties romanesque. La dernière des voies est dite « lactée » car les griots la prétendent inventée par un Ghoul, extra-humain.

2. La structure se complexifie ensuite, chaque partie s’ouvrant sur le dkhoul, ou entrée puis se poursuivant en cinq chapitres qui correspondent alors aux voies du luth qui comporte cinq modes.

3. Ce constant parallèle entre littérature et musique est souligné pour révéler au lecteur que ces deux arts sont calqués sur le temps du mythe afin de nous arracher à la durée mortelle.

4. En effet, on découvre avec étonnement que ce roman de science-fiction fait sa place à la pensée grecque : comme dans le mythe d’Œdipe, pas de latence dans la cécité. Le chemin de la gloire mène à une fin horrible résultant du combat entre l’apparence et la vérité du dévoilement de l’être.

Une fresque historique

1. Elle débute à l’époque des Mourabitines. Au royaume du Ghana, le héros, Gara, est vendu comme esclave par son père, et amené à Aoudagost, cité des Zénètes : le commerce du sel, de l’or, des esclaves est à son apogée. Malgré sa révolte, au nom de l’amour qu’il voue à Vala, esclave elle aussi, l’esclavage dure et le Mal triomphe. La voie noire s’achève.

2. Gara est revendu à des commerçants du nord. Il se sauve dans le désert, jeûne trois jours et a la vision de l’ange du temps Al Khadir. Projeté dans une autre époque, il devient Dieudonné, connaît la colonisation. La voie blanche se termine par l’assassinat de Coppolani : le Mal triomphe !

3. Nous voici soudain en 4045 : bataille, condamnation, échec : le Mal triomphe encore !

Un roman pessimiste

1. L’homme est une invention du mal qui s’en sert pour lutter contre le bien et l’emporte constamment : au fur et à mesure de la progression temporelle, l’espace va ainsi s’étrécissant…

2. Seul le sommeil, par les rêves, donne au héros la conscience de soi. Mais au réveil, elle s’évanouit dans l’être-là. Gara n’atteint l’immortalité tant désirée, par-delà toute dégradation, que par les réminiscences. Comme chez Platon, ces retours en arrière fixent et transcendent le temps vers un destin divin.

3. Les os polis du squelette exhumé longtemps après la mort du héros sont pages blanches sur lesquelles s’inscrivent monologues d’angoisse, mort et désespoir. Mais ceux-ci, par ce qu’ils nous livrent d’insu, transposent le texte, d’une individualité dont la psychologie l’emporterait, à une mythologie sacrale.

Le roman innove tant par sa conception s’apparentant à divers genres que par ses registres. Son pessimisme est nuancé par l’élargissement mythique signifié par le narrateur autant que par la structure du texte. De surcroît, il reste avant tout un texte d’engagement essentiellement mauritanien au service de la quête d’une identité trop souvent déniée.

Clause Boudon.


Mbarek Ould Beyrouk (1957-)
Né à Atar, Mbarek Ould Beyrouk est journaliste. "Et le ciel à oublié de pleuvoir", récit à quatre voix est son premier roman. Et le ciel à oublier de pleuvoir Sélection:
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